Plan d’import-substitution : au Cameroun, des incertitudes planent sur l’atteinte des objectifs d’ici 2026

Dimanche, 19 Janvier 2025,

A sa première année de mise en œuvre , les résultats de ce plan gouvernemental estimée à 1 371,5 milliards de Fcfa ne sont pas prometteurs : la production a plutôt chuté dans divers domaines, l’insécurité alimentaire s’est accentuée, les importations ont pris de l’envol, de nombreuses contraintes persistent sur le terrain selon certaines autorités en charge de la mise en œuvre dudit programme, etc.

Au Cameroun, les pouvoirs publics réussiront-ils le pari d’œuvrer considérablement à la réduction de la balance commerciale qui se creuse d’environ 1 500 milliards de Fcfa chaque année et assurer la sécurité alimentaire? Il apparaît difficile pour le moment de répondre à cette question avec optimisme au regard de l’état des lieux dressé à la première année du lancement du Plan intégré d’import-substitution agropastoral et halieutique (Piisah) 2024-2026. En effet , d’après le programme économique et financier présenté par le Premier ministre Joseph Dion Ngute à l’Assemblée nationale le 1er décembre 2024, la production, censée augmenter pour limiter les importations, a plutôt décru dans divers domaines.

Offre inférieure à la demande

Dans la foulée, après une hausse de 6% (235 960 tonnes) en 2022, la production globale de viande et d’abats comestibles à chuté à 347 900 tonnes en 2023 en 2024 soit une diminution drastique de 111 940 tonnes en valeur absolue (32,2%) en glissement annuel. Bien plus, la production halieutique a poursuivi sa baisse pour s’établir à 190 273 tonnes en 2024 après 230 000 tonnes un an plus tôt soit une régression de 39 727 tonnes (-17,3%). Par ailleurs, seules 9 500 tonnes de poissons ont été produites. Pourtant, à la même période en 2023, le chef du gouvernement révélait une production de poissons de 150 086 tonnes.

En outre, l’agriculture n’est pas en reste avec l’un des produits phares qu’est le palmier à huile. Bien que disposant d’au moins 05 zones agroécologiques, le Cameroun importe abondamment de l’huile de palme. La raison, apprend-t-on des acteurs du secteur, sur une demande d’environ 2,4 millions de tonnes, le pays ne produit qu’à peine 500 000 tonnes contre une cible de 800 000 tonnes en 2030. C’est dire que les pouvoirs publics n’ont toujours pas trouvé de solutions pour relever cette filière d’après Jacquis Kemleu, président de l’Association des raffineurs des oléagineux du Cameroun. « Il faut engraisser les palmiers et ça coûte cher. Vous avez les pays où l’on fait 24 tonnes à l’hectare de noix contre à peine 4 000 tonnes au Cameroun », a-t-il déploré à la radio nationale le 12 janvier 2025.

Le secteur avicole n’a pas fait mieux. Le Cameroun n’a produit que 95 501 tonnes d’œufs de table en 2024. Ce chiffre est loin des 123 100 tonnes enregistrées en 2023. La baisse enregistrée ici est de 27 559 tonnes (-28,8%) en glissement annuel. Loin de s’atténuer afin de réduire le déficit de la balance commerciale comme l’envisage le gouvernement, les importations ont plutôt augmenté au 3e trimestre 2024 selon les données des Douanes. Elles sont ressorties à 1 120 milliards de Fcfa venant de 1071, 741 milliards de Fcfa à la même période en 2023.

Résultat des courses, le pays semble s’éloigner de l’objectif d’atteindre l’autosuffisance alimentaire. A en croire les chiffres publiés par le ministre de l’Agriculture en décembre 2024 ; 3,080 millions de personnes sont en insécurité alimentaire dont 265 314 en urgence ou ayant faim. Cette proportion représente près de 11% de la population camerounaise estimée à 30 millions d’habitants. Le constat est visible : le nombre de personnes en insécurité alimentaire a augmenté de 180 000 (+6,2%) en un an malgré le lancement du Piisah.

De nombreux défis structurels

Ces objectifs, en deçà des attentes reflètent plus ou moins, la non-implémentation d’un certain nombre de mesures qui auraient dû servir de préalables au plan triennal d’import-substitution. C’est en tout cas, ce qu’a révélé le 12 janvier 2025 à la radio nationale, la coordonnatrice du Programme d’appui au développement des filières agricoles (Padfa) qui s’apprête à entrer dans sa deuxième phase et dont la principale mission est de réduire la pauvreté et améliorer la souveraineté alimentaire et nutritionnelle.

Pour Hélène Rosalie Marigoh Bouquet, « les problèmes concernant le développement de l’agriculture pour la plupart des filières ont été diagnostiquées…Ces problèmes sont liées principalement à la semence de qualité pour des meilleurs rendements ; l’accès aux infrastructures et équipements de production ou l’extension des surface cultivables, et l’intensification de la production. On a également des problèmes liés à la faibles structurations des producteurs et des organisations de producteurs, l’accès difficile aux intrants ou des questions de coupes et d’accessibilité, la faible ou la non-maîtrise de production et des traitement post-récolte ; les questions de commercialisation et de compétitivité d produits, etc », a-t-elle énuméré.

Pour rappel, la mise en œuvre du Plan intégré d’import-substitution agro-pastoral et halieutique (Piisah) est estimée à 1 371,5 milliards de Fcfa. Il devrait respectivement coûter à l’Etat, 248, 4 milliards de Fcfa en 2024 puis 511, 6 milliards de Fcfa en 2025 et 611, 4 milliards de Fcfa en 2026 avec pour priorité, les filières bovine et laitière, le riz, le blé, le maïs, le mil/sorgho/soja, le poisson et le palmier à huile.

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