
Dimanche, 08 juin 2025,
La combinaison d’une baisse de l’offre de bœuf, de l’interdiction des importations de poulet en provenance du Brésil, et de l’effondrement du producteur avicole Daybreak Foods risque de rendre la viande beaucoup plus chère en Afrique du Sud.
C’est l’avertissement lancé par Arnold Prinsloo, PDG d’Eskort, l’un des plus grands fabricants de viande du pays, qui alerte sur une crise imminente de sécurité alimentaire.
Prinsloo parle d’une véritable « tempête parfaite » qui se profile, alors que plusieurs événements menacent de faire grimper le coût de la viande au-delà des moyens de millions de Sud-Africains.
Une offre de bœuf menacée
Tout d’abord, un nouveau cas de fièvre aphteuse a été confirmé dans un centre d’engraissement appartenant à Karan Beef, le plus grand producteur de bœuf du pays, situé dans le Gauteng.
L’installation a été placée en quarantaine, et les volumes d’abattage ont déjà été réduits de près de 75 %.
Selon Prinsloo, cette perturbation aura des conséquences graves sur l’approvisionnement et les prix. « Si la quarantaine se prolonge ou si la maladie se propage, l’offre de bœuf risque de diminuer davantage et les prix vont grimper », a-t-il averti.
Un embargo sur le poulet brésilien
Autre facteur : l’interdiction récente des importations de poulet en provenance du Brésil, en raison d’une épidémie de grippe aviaire dans ce pays. Cette décision exerce une pression supplémentaire sur la production locale.
Le Brésil est le principal fournisseur de viande de poulet désossée mécaniquement (MDM) pour l’Afrique du Sud, un ingrédient de base dans les produits transformés à bas prix tels que le polony et les saucisses de type Vienna.
« Depuis le 15 mai, date d’entrée en vigueur de l’interdiction, certains petits producteurs n’ont déjà plus de matières premières », a déclaré Prinsloo. « Cette seule interdiction pourrait affecter 400 millions de repas bon marché par mois. »
L’effondrement de Daybreak Foods
La situation est aggravée par la faillite de Daybreak Foods, l’un des plus grands producteurs de volaille intégrés d’Afrique du Sud.
L’entreprise est entrée en procédure de sauvetage et a dû récemment abattre 350 000 poussins en raison de pénuries d’aliments.
Selon Prinsloo, cette crise ne fera que resserrer encore davantage l’approvisionnement en poulet local et accentuera la pression sur les prix.
« Cet hiver, la viande sera plus chère pour tout le monde, mais les ménages les plus pauvres seront confrontés à la faim et à la malnutrition », a-t-il déclaré.
Une réalité ignorée ?
Certains acteurs de l’industrie avicole ont minimisé la gravité de la situation, affirmant qu’il n’y avait pas de pénurie imminente.
Mais pour Prinsloo, la réalité sur le terrain est tout autre : « L’Afrique du Sud importe 19 000 tonnes de MDM chaque mois depuis le Brésil, tandis que la production locale ne fournit que 100 tonnes », explique-t-il.
« Il est malhonnête de prétendre que cela n’aura pas d’impact sur la sécurité alimentaire. Ceux qui souffriront le plus sont les consommateurs les plus vulnérables, qui ont peu d’alternatives abordables et peu de moyens de se faire entendre. »
Un appel à l’action gouvernementale
Prinsloo a rejoint des organisations comme l’Association des importateurs et exportateurs de viande (AMIE) et l’Association sud-africaine des transformateurs de viande, appelant le ministre de l’Agriculture, John Steenhuisen, à intervenir.
Il demande au gouvernement de restreindre l’interdiction des importations brésiliennes à l’État directement touché par la grippe aviaire, plutôt que de bloquer tout le pays.
« Cela permettrait de maintenir les chaînes d’approvisionnement, de protéger la santé publique et de sauvegarder des milliers d’emplois dans la transformation de la viande », a-t-il ajouté.
Des prix déjà en hausse
La situation a déjà des effets visibles : l’AMIE rapporte une hausse de 140 % du prix de la viande de poulet désossée mécaniquement depuis l’interdiction.
Pour Prinsloo, c’est un signe avant-coureur d’une crise alimentaire plus large. « Les consommateurs les plus vulnérables n’ont déjà plus accès au marché », dit-il.
« Chaque jour sans importations est un clou de plus dans le cercueil de la sécurité alimentaire pour des millions de Sud-Africains. »
Une action immédiate nécessaire
Prinsloo insiste sur l’urgence d’une action coordonnée :
« Cette triple menace pour notre approvisionnement en viande — maladies, importations interrompues et défaillances locales — exige une réponse immédiate. »
« Nous ne pouvons pas attendre que les rayons des supermarchés soient vides et que les prix explosent. Le moment d’agir, c’est maintenant. »
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