
Lundi, 06 octobre 2025,
La Banque centrale du Kenya (CBK) s’apprête à réduire le coût des transferts d’argent mobile dans le cadre d’un vaste effort visant à relancer l’inclusion financière dans un marché longtemps considéré comme un modèle mondial des paiements numériques.
Le projet de Stratégie nationale d’inclusion financière 2025–2028 fixe un objectif ambitieux : ramener les frais de transaction moyens de 23 KSh en 2024 à 10 KSh d’ici 2028.
Le régulateur estime que les coûts élevés ont freiné la croissance de l’utilisation de services tels que M-PESA et Airtel Money, excluant ainsi des millions de ménages à faible revenu d’une participation plus large à l’économie numérique.
La révolution de l’argent mobile, autrefois synonyme d’expansion rapide, montre aujourd’hui des signes d’essoufflement, avec un taux de pénétration stabilisé à 82,3 % des adultes en 2024.
Bien que les volumes continuent d’augmenter — les transactions ayant atteint environ 8,7 billions de KSh en 2024 — le nombre de nouveaux utilisateurs stagne, et la majorité se limite encore à des transferts de pair à pair, sans recourir à des services d’épargne, d’assurance ou d’investissement.
Le plan d’inclusion financière vise également à faire passer l’utilisation active des comptes bancaires de 45,6 % à 60 % d’ici 2028, à augmenter le taux d’épargne formelle de 68 % à 75 %, et à porter le taux d’investissement de seulement 4 % à 15 %.
En parallèle à la réduction des frais, la Banque centrale prévoit aussi de favoriser l’interopérabilité en lançant un système de paiement rapide, en développant des normes d’API ouvertes pour intégrer les institutions financières, et en numérisant les outils d’épargne afin de les rendre plus accessibles.
Les autorités souhaitent également renforcer l’éducation financière pour encourager une utilisation durable de produits tels que les retraites, les assurances et les instruments des marchés de capitaux.
Le plan souligne la nécessité d’un équilibre entre les impératifs commerciaux et l’intérêt public. L’argent mobile constitue aujourd’hui une source majeure de revenus pour les opérateurs télécoms kenyans, M-PESA représentant à lui seul près de la moitié des revenus de services de Safaricom en 2024.
Cependant, le régulateur estime que la structure tarifaire doit refléter le rôle des paiements numériques en tant que service d’utilité publique autant qu’en tant que centre de profit.
L’initiative sera pilotée par un Conseil national pour l’inclusion financière composé de 14 membres, présidé par le secrétaire principal du Trésor, et comprenant le gouverneur de la Banque centrale, des hauts responsables ministériels, ainsi que les dirigeants des principaux régulateurs, dont la CMA, l’IRA et la SASRA.
Le Conseil, dont le secrétariat sera assuré par la CBK, se réunira deux fois par an pour évaluer les progrès réalisés, mobiliser les ressources et approuver les plans d’action, s’imposant ainsi comme l’organe de coordination entre le gouvernement et le secteur privé pour approfondir la finance numérique dans l’économie kenyane.
La CBK a publié un avis public invitant à soumettre des commentaires sur le projet de stratégie, la date limite de dépôt étant fixée au jeudi 9 octobre.
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