Les travailleurs guinéens craignent des pertes massives d’emplois après l’annulation des permis miniers

Lundi, 25 août 2025,

Depuis mai 2025, les autorités de Conakry ont révoqué plus de 300 permis miniers accordés à des entreprises opérant dans les vastes secteurs miniers de la Guinée, suscitant une grande incertitude parmi des milliers de travailleurs. Bien que le gouvernement ait réaffirmé son engagement à préserver les emplois, l’inquiétude grandit chez ceux qui se retrouvent désormais menacés de licenciement.

Le sort des travailleurs du secteur minier en Guinée reste incertain, alors que grandissent les craintes de pertes massives d’emplois et de répercussions sociales à la suite d’une vague de réformes réglementaires.
La junte au pouvoir affirme que son objectif est d’assainir le registre minier et d’accroître les revenus du secteur au profit du développement national.
L’un des cas les plus marquants est le retrait de la licence d’exploitation de la Guinea Alumina Corporation (GAC), une entreprise émiratie qui – avec ses sous-traitants – employait environ 3 000 personnes, toutes désormais menacées de perdre leurs moyens de subsistance.

Plus tôt ce mois-ci, le Premier ministre Amadou Oury Bah a déclaré à RFI que les actifs et le personnel de la GAC seraient repris par la nouvelle société d’État, Nimba Mining Company.

« Une délégation des autorités est venue nous rassurer », a confirmé un cadre de la GAC, s’exprimant sous anonymat.
« En ce moment, la GAC est en train de réduire progressivement ses activités. La plupart des employés ont reçu des notifications de licenciement. On nous a promis une priorité, mais les responsables sont restés prudents et n’ont donné aucun chiffre. Pour l’instant, je reste optimiste. »
Cependant, la transition d’une multinationale privée vers une société d’État nouvellement créée demeure entourée d’incertitudes et suscite du scepticisme.
Le syndicaliste Mamady Diakité, de la Fédération des Mines et Carrières affiliée à l’Union Générale des Travailleurs de Guinée, souligne que : « Nous avons déjà connu ce type de situation, comme avec la SMB (Société Minière de Boké). À l’époque, on avait assuré aux employés que leurs droits acquis, leurs salaires et leurs avantages seraient préservés. La réalité a été tout autre. »

Silence de l’État

Ce scepticisme est partagé par Amadou Bah, directeur exécutif de l’ONG Actions Mines, qui souligne le manque de transparence autour de la Nimba Mining Company.
« Nous ne connaissons même pas son véritable agenda. Va-t-elle reprendre les activités et les services externalisés auparavant assurés par la GAC ? Et qu’en est-il du projet de raffinerie – supposément l’une des raisons du retrait du permis de la GAC ? Tout reste flou », dit-il.
« Si l’État prévoit de fonctionner au rythme qu’avait la GAC, il devra maintenir les effectifs. »
En dehors de la GAC, le silence de l’État laisse les employés des autres sociétés concernées dans l’incertitude.
Chez Axis Minerals, fondée par l’homme d’affaires suisse-australien Pankaj Oswal, l’entreprise affirme que la perte de sa licence met en péril quelque 5 000 emplois.

Mamoudou (un pseudonyme), superviseur dans une société sous-traitante d’Axis, affirme que depuis début mai il est en chômage partiel, ne percevant qu’un tiers de son salaire habituel.
« Ce n’est vraiment pas suffisant », dit-il. « Avec des salaires déjà bas, c’est encore plus difficile. Beaucoup cherchent de nouvelles opportunités, mais où peuvent-ils aller ? »

10 000 emplois menacés

Les répercussions se font également sentir dans les petites entreprises et parmi les populations locales des principales zones minières de Guinée, comme Boffa, sur la côte Atlantique, et Boké, dans le nord-ouest. Le nombre de personnes potentiellement touchées pourrait largement dépasser les estimations officielles.
Comme le prévient Amadou Bah : « Si l’on inclut tous les salariés, plus de 10 000 emplois sont menacés. Si le gouvernement n’agit pas, la pauvreté dans ces communautés ne fera que s’aggraver. »
Une source bien informée au ministère des Mines indique qu’un comité de révision traite actuellement plus de 100 recours d’entreprises contestant le retrait des permis.
Ces examens portent à la fois sur des motifs procéduraux et de fond. Certaines entreprises estiment que ces mesures sont illégales ; d’autres cherchent un recours administratif.

« Une fois la vérification terminée, nous déciderons des prochaines étapes. La priorité de l’État est clairement la protection des emplois, mais si une entreprise est reconnue en infraction avec la réglementation, nous ne pouvons pas intervenir », a déclaré la source.

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